Énergies renouvelables : Le monde en vert pour 2050 ?

Énergies renouvelables : Le monde en vert pour 2050 ?

Aujourd’hui, l’énergie module notre mode de vie. On consomme de l’énergie sous différentes formes, que ce soit pour avoir de l’électricité, des combustibles pour chauffer nos intérieurs ou même du carburant pour se déplacer. Notre consommation repose sur trois grandes familles de ressources énergétiques, à savoir les énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon), les énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse…) et le nucléaire. L’énergie fossile, dont la part dans la consommation mondiale s’élève à près de 80%, représente actuellement la principale ressource dans le monde, pour assouvir tous nos besoins de services énergétiques.

Au niveau européen, les réserves personnelles en énergies fossiles étant rares, l’Union européenne se voit obligée d’importer une quantité non négligeable de ressources pétrolières (80%) et gazières (60%), notamment depuis la Russie, pour subvenir à ses besoins énergétiques, se plaçant ainsi dans un situation de dépendance à l’égard de l’extérieur. Mais la consommation d’énergie, notamment fossile, génère un impact conséquent sur l’environnement. La combustion des énergies fossiles produit du dioxyde de carbone (CO2), qui voit sa concentration augmenter dans l’atmosphère, entraînant l’effet de serre et, avec lui, un réchauffement climatique qui se traduit de différentes façons : fontes des glaces, dérégulation des saisons, tempêtes…

On ne peut donc plus aujourd’hui séparer l’utilisation de l’énergie d’un défit climatique devenu urgent et majeur. À l’heure où différents pays de l’UE tentent de faire le pari d’une sortie du nucléaire, les solutions privilégiées, parfois timides, ne sont pas forcément tournées vers le renouvelable. Les investissements des États membres en matière d’énergie semblent davantage s’orienter vers la construction de nouvelles usines à charbon que vers celle de sources d’énergies vertes (photovoltaïque, éolien, hydraulique). La transition énergétique partirait-elle en fumée avant même d’avoir été réellement entamée ?

À la veille du lancement de la conférence sur le climat qui se tiendra à Paris (qui pourrait aboutir sur un Protocole de Paris) en décembre prochain et qui réunira près de 40 mille participants (délégués représentant chaque pays, observateurs, membres de la société civile…), il est crucial de se poser ces questions. L’enjeu sera de taille : “aboutir à un accord universel et contraignant permettant de lutter efficacement contre le dérèglement climatique et d’accélérer la transition vers des sociétés et des économies résilientes et sobres en carbone.” L’Europe est-elle réellement en mesure de relever ce défi alors que les énergies fossiles constituent près de 73% de sa consommation ?

Alors que la lutte contre le changement climatique est sur toutes les lèvres, comment l’Europe se place-t-elle face à ces questions ? Comment s’organise aujourd’hui le bouquet énergétique de l’UE ? Quelles sont les incohérences à noter ? Quels  enjeux, la gestion des énergies pose t-elle pour demain ? Quelle place accordée aux énergies dites vertes ? Comment alors maintenir un confort d’activité tout en réduisant le réchauffement climatique ?

La Situation énergétique d’aujourd’hui

Avec les évolutions technologiques, les exigences industrielles, mais aussi pour faire fonctionner correctement nos sociétés, amener de la croissance économique et un certain confort de vie, la question des besoins énergétiques occupe une place centrale mais s’accompagne inévitablement d’un débat sur les ressources d’énergie, sur leurs utilisations et leurs impacts sur l’environnement, mais aussi sur nos modes de consommation. Selon l’Agence Internationale de l’énergie, le pétrole, le gaz et le charbon représentaient à eux trois près de 80% de l’approvisionnement électrique mondial en 2010. En matière d’énergie, l’Europe se trouve dans une situation de dépendance forte vis-à-vis de l’extérieur.

  • Des impacts  environnementaux préoccupants

Une majorité de pays fonctionnent actuellement grâce à un approvisionnement en énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz). Mais la croissante consommation de ces énergies se répercute inévitablement sur l’environnement, suscitant un déséquilibre climatique important qui ne cesse de se manifester.

Cette utilisation énergétique n’est cependant pas toujours visible. Michel Huart, maître de conférence à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et secrétaire général d’APERE Asbl, définit différents impacts environnementaux liés aux gisements énergétiques.

  • Sortir de la dépendance envers l’extérieur ?

L’Union européenne consomme bien plus d’énergie qu’elle n’en produit. Elle importe, en effet, une très grande partie de l’énergie dont elle a besoin, soit près de 53% de son stock énergétique. 90% de son approvisionnement en pétrole provient ainsi de l’étranger, 66% de son gaz naturel et 42 % de son charbon. On parle là de “dépendance énergétique”, en ce sens où les territoires européens possèdent des ressources limitées et basent la majorité de leurs ressources énergétiques sur des fournisseurs extérieurs, comme la Russie – dont la part de gaz naturel distribuée à l’UE en 2012 s’élevait à 37,3 % et à 25% pour le pétrole – suivie par la Norvège, l’Arabie-Saoudite ou le Quatar. Même si certains pays européens – par exemple le Royaume-Uni ou les Pays-Bas – possèdent des gisements de pétrole ou de gaz, ceux-ci se raréfient et ne suffisent pas pour la consommation nationale. Pour Édouard Martin, député européen du groupe Socialistes & Démocrates (S&D/France) et membre de la commission ITRE (Industrie, Recherche et Énergie), l’Europe doit agir pour aller vers plus d’autonomie énergétique.

Cette dépendance envers l’extérieur devrait-elle alors amener les 28 pays de l’Union européenne à repenser leur politique de l’énergie de manière plus collective ?

  • Vers une politique européenne commune ?

En matière énergétique, les pays membres de l’UE opèrent une diversité nette, les compétences dans ce domaine étant reléguées au plan national. Chaque État dispose de son propre programme en la matière et donc de ses propres standards. Il n’existe donc pas de politique commune européenne à proprement parler sur le dossier énergie, ce qui a tendance à complexifier l’émergence d’un point d’accord commun. La gestion énergétique est bien différente d’un pays à l’autre : certains préfèrent le nucléaire alors que d’autres y sont âprement opposés, comme l’Autriche par exemple. L’utilisation des énergies renouvelables (EnR) en a séduit d’autres, notamment les pays nordiques avec la Suède, qui voyait en 2013 la part des EnR s’élever à 51% de sa consommation finale, la Finlande (34%), le Danemark (26%) ou même encore la Roumanie, avec 22%.  Quelques-uns ont souhaité miser sur les gaz de schistes (Pologne, Allemagne) ou retourner au charbon. Pour Édouard Martin (S&D/France), ce manque de politique européenne est une des faiblesses de l’Europe.

Pour Bart Staes, député européen belge du groupe des Verts/ALE, bien que les premiers pas de la Commission européenne sur le projet d’une Union Énergie puissent traduire une reconnaissance de la part des États membres d’aller vers plus de cohésion, les propositions  annoncées devront s’accompagner de plus d’efforts.

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du stock énergétique consommé en Europe est importé
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de l’approvisionnement en pétrole de l’Europe vient de l’étranger

Transition énergétique : Les énergies renouvelables, solution d’avenir ?

Plusieurs pays de l’Union européenne on fait le pari des énergies renouvelables, un pari qui s’avère bénéfique. Mais une transition énergétique comporte plusieurs enjeux, à commencer par accepter de modifier notre rapport à l’énergie, et donc tenter de consommer différemment.

  • Changer nos modes de consommation ?

En effet, cette transition énergétique demande un changement de comportement, que ce soit du point de vue des politiques, qu’il faut raisonner – l’économie et la croissance ne devant plus prendre le pas sur les enjeux climatiques – mais également au sein de nos propres habitudes de consommation. Passer aux énergies renouvelables doit supposer un changement des mentalités quant à l’utilisation de produits et de technologies énergivores. Édouard Martin, du groupe Socialistes & Démocrates, évoque les changements à réaliser au niveau européen pour amorcer ce passage énergétique.

  • Impact environnemental moindre

Afin de garantir des liens énergie/environnement les plus durables et sains possibles, il est important que le maintien d’un confort d’activités à travers l’exploitation de sources énergétiques se fasse avec moins d’impacts sur le climat. L’exploitation des énergies renouvelables pourrait alors s’imposer comme une nécessité. Michel Huart, secrétaire général de l’ASBL APERE et maître de conférence à l’ULB, expose l’impact moindre envers l’environnement que générerait le renouvelable.

Cette transition énergétique va transformer notre rapport à l’énergie. Générer l’énergie solaire, éolienne et hydraulique demande une approche différente, car il ne s’agit pas d’énergies stockées et combustibles.

La biomasse est-elle une solution viable ? Parmi les énergies renouvelables, la seule qui puisse être stockée et qui se rapproche des énergies fossiles réside dans ce qu’on appelle la biomasse. C’est-à-dire la production de combustibles grâce aux végétaux (bois) et aux animaux (engrais). Mais la production et l’exploitation de telles énergies à un niveau industriel posent question. Leurs combustions amènent aussi le rejet de CO2 dans l’atmosphère (même si grâce à la photosynthèse, elle en absorbe); elles pourraient servir de motifs à la déforestation et, enfin, elles pourraient avoir un impact sur l’alimentation. Le processus de conception des technologies destinées à produire de l’énergie renouvelable a un coût pour l’environnement. Comme dans toute production industrielle, la conception des outils (panneaux solaires, éoliennes….) amène également un rejet de CO2 dans l’atmosphère. De plus, certains des matériaux qui les constituent peuvent être toxiques.

Bien qu’une énergie entièrement illimitée et 100% propre puisse paraître complètement utopique, ce coût peut être considéré comme étant négligeable si l’on prend en compte leur durée de vie ainsi que le caractère renouvelable de la plupart de leurs composantes.

  • Coût court et long terme

L’une des critiques majeures formulée à l’égard de l’exploitation des énergies renouvelables reste son coût, important sur le court terme. Les premières préoccupations des citoyens sont évidement la sécurité de l’accès à une énergie durable et bon marché qui ne serait pas seulement réservée à une partie de la population.

Comment le renouvelable répond-il à ces inquiétudes ? Dans un premier temps, le développement des énergies vertes en Europe pourrait permettre au continent une indépendance énergétique, ce qui garantirait alors une sécurité d’accès aux citoyens. Mais pour cela, il faut que les infrastructures en matière d’énergies renouvelables se développent de manière exponentielle.

En ce qui concerne le coût pour le portefeuille des ménages européens, l’énergie issue du renouvelable coûterait plus cher que ses concurrentes. Alors que l’Europe investit plus de 400 milliards d’euros par an dans l’importation d’énergies fossiles et que les budgets alloués au nucléaire sont également important, l’exploitation d’un secteur énergétique durable à l’échelle européenne pourrait être une solution viable à tout niveau. C’est notamment un souhait formulé par Bart Staes, député européen des Verts/ALE.

Michel Huart, secrétaire général de l’ASBL APERE et maître de conférence à l’ULB, revient plus en détails sur ce point, en évoquant notamment le cas de l’Allemagne.

Il faut donc véritablement considérer l’aspect économique sur le long terme. En plus de l’aspect climatique non négligeable, à partir du moment où la production des matériaux et des connaissances en matière d’énergies renouvelables se fait à l’échelle locale, l’argent investi dans le renouvelable restera dans l’économie locale. Bien évidemment, une période de transition sera nécessaire, comme l’explique Bart Staes (Verts/ALE/Belgique) : “ C’est clair qu’il faudra une période de transition, notamment si on quitte l’énergie nucléaire. Mais d’ici 2050, il faudrait un approvisionnement de l’énergie renouvelable qui atteigne 90%.”

Répartition Énergie dans l'UE

  • Créatrices d’emplois

L’énergie renouvelable sera probablement créatrice d’emplois sur le long terme, mais sur le court terme, ces mêmes emplois auront un coût. De fait, l’investissement dans la recherche et le développement de ces énergies, ainsi que la formation de centaines de milliers de techniciens ne se feront pas sans frais. Édouard Martin, député européen du groupe S&D, revient sur cet aspect tout en précisant qu’il est nécessaire d’adopter, une fois de plus, une vision sur le long terme.

Caricature énergie VAL

Mix énergétique de demain

L’Union européenne s’est donné comme objectif d’atteindre 20% de renouvelable d’ici 2020 et souhaite relever le défi “d’énergies sûres, propres et efficaces”. En encourageant la promotion du renouvelable, l’UE montre son intention d’aller vers une transition énergétique plus durable et pose les jalons d’un chemin à suivre à l’horizon 2050. L’objectif des 20%, réadapté selon les États – la Belgique s’est fixé 13% – ainsi que les projets de bâtir une Union de l’énergie pour faire émerger une stratégie européenne collective est jugée encore trop timide. C’est en tout cas ce que soutient Édouard Martin (S&D/France) en déclarant que : “les objectifs d’atteindre 20% d’énergies renouvelables d’ici 2020, 27% d’ici l’horizon 2030, ce ne sont pas des objectifs contraignants.” Pour Bart Staes (Verts/ALE/Belgique), “du point de vue du climat, ces initiatives annoncent que l’UE est sur le bon chemin. Mais vers 2030, il faudra plus d’efforts et de pression, notamment de la société civile, afin d‘obtenir une part qui sera plus grande pour le renouvelable, car les enjeux sont énormes”. Il ajoute enfin que “si la volonté politique est là, on peut réussir à obtenir une véritable politique sur l’énergie”.

Peut-être faut-il alors commencer par apprendre à mieux consommer et commencer par diminuer la demande énergétique actuelle tout en se focalisant sur une production interne au marché européen.

Nos sociétés actuelles étant de plus en plus énergivores avec, entre autres, l’évolution incessante des nouvelles technologies, l’idée de changer de mode de vie pour créer de nouveaux rapports à l’énergie va devoir faire son chemin et être encouragée par la société civile et le monde politique pour que de réels changement puissent émerger.

L’utilisation du renouvelable confère de nombreux avantages pour assurer l’avenir de la planète mais n’est pas complètement dénuée d’inconvénients. À côté de son caractère écologique, de sa capacité à se renouveler ou encore de sa plus-value économique sur le long terme, une énergie dite 100% verte reste, en effet, purement hypothétique, voire fantasmée. Sans oublier que l’occupation des sols que généreraient les installations éoliennes, solaires, etc. ne devra notamment pas se faire au détriment des terres agricoles cultivables, ce qui risquerait alors de supplanter les approvisionnement alimentaires, première source d’énergie vitale à l’homme.

Video de citoyen sur l'immigration filmée en rue
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